Rantepao : au coeur du pays Toraja

Publié par leskeretlaboussole le

Rantepao : au coeur du pays Toraja

Rantepao : capitale du pays Toraja, point culminant du tourisme au Sulawesi.

D’ailleurs, cela nous fait bizarre de retrouver des touristes un peu partout. On s’était habitué à une faible densité de l’espèce!

On peut facilement passer une semaine en pays Toraja. Il y a de nombreux villages à voir, une culture bien particulière, dont voici le symbole :

Les maisons traditionnelles toraja sont appelées tongkonan. Etymologiquement, le mot signifie l’habitation où l’on vit de génération en génération. Elles sont caractérisées par leur toit si particulier. Ce toit représente, au choix : la coque d’un bateau (rappel de l’origine des 1ers habitants, venus par bateau) ou les cornes d’un buffle, animal emblématique de la province. Elles sont normalement orientées au Nord et sont divisées, à l’intérieur, en trois pièces : une pièce orientée est pour les parents et les jeunes enfants, une pièce à l’ouest pour les grands-parents et une pièce centrale commune. A partir de l’adolescence, les jeunes filles vont dormir dans la pièce des grands-parents et les garçons dorment dans la pièce commune.

Face à ces maisons se trouvent généralement les greniers à riz, de même forme, plus petits.

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Ces maisons sont de plus en plus délaissées pour les maisons modernes. Le confort n’est pas vraiment au rendez-vous! Pas de commodités, à peine 40m2… on comprend! Ceci dit, les Torajas, très fiers de leurs origines, ajoutent souvent au fronton des maisons modernes des éléments traditionnels ou, des greniers à riz dans la cour, s’ils le peuvent.

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Les Torajas étaient originellement animistes. Une autre caractéristique de leur culture est liée aux rites funéraires (dont je reparlerai plus en détail dans le prochain article). Les morts ne sont pas enterrés ou brûlés comme chez nous, mais déposés dans des tombes extérieures : les cercueils peuvent être déposés dans des grottes, dans des galeries creusées, dans des caveaux familiaux construits aux abords des villages, ou encore dans des caveaux creusés directement dans les falaises! Nous avons vu des tombes en « construction » : elles peuvent faire jusqu’à 7 mètres de profondeur (histoire de mettre plusieurs membres de la famille) mais font juste la taille d’un cercueil en largeur. Autrefois, les cercueils étaient simplement « accrochés » aux collines. Aujourd’hui, un certain nombre est abîmés, ce qui vaut des balades parmi les ossements! On peut encore observer néanmoins les cercueils des hommes, sculptés à l’effigie du buffle (symbole du travail en extérieur, dans la nature) et ceux des femmes représentés par le cochon; c’est symboliquement l’animal de la maison, domestique. Dans les maisons traditionnelles, les cochons faisaient « partie de la famille »; ils étaient parqués sous la maison, alors que les buffles, utiles aux champs étaient en-dehors de l’espace domestique.

Ces tombes sont souvent accompagnées de poupées, grandeur réelle. Ce sont des sortes de statues, habillées, représentant le mort. Les plus anciennes sont assez « figuratives », les récentes plus réalistes. Quand les morts sont enterrés dans les falaises, il y a des balcons creusés pour accueillir les poupées; dans les caveaux plus modernes, elles sont déposées à l’entrée.

Dernière particularité, les bébés décédés. Autrefois, les tombes des bébés morts-nés ou décédés avant 2 mois n’étaient pas avec les autres. Dans la tradition animiste, les bébés sont « entreposés » (puisqu’on ne peut pas dire enterrés) dans des cavités creusées dans des arbres. Ainsi, la sève de l’arbre continue à nourrir les bébés, comme l’aurait fait le lait maternel. Cette tradition n’est plus autorisée aujourd’hui.

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Baby graves Rantepao – Sulawesi

Mais rassurez-vous, on n’a pas vu que des tombes et des squelettes en pays Toraja !

Nous sommes allés faire un tour au marché qui se tient les mardis et samedis. Il est étendu. La partie couverte ressemble un peu à un souk, avec des allées étroites et des enfilades de stands d’un doux mélange : stands de fruits et légumes, stands de chaussures, de produits cosmétiques, stands de machettes, de café (la région est productrice de café; sans doute très bon, mais ici, ils n’ont pas vraiment la même façon de le déguster…! 😝)… D’un autre côté, un marché aux bestiaux : buffles, cochons (babi en indonésien), coqs de combat. Il y a du choix! Les buffles sont vendus pour les champs (mais ils sont de moins en moins utilisés, la faute au « buffle japonais », la machine) et pour les sacrifices. On voit d’ailleurs un grand nombre de buffles albinos sur le marché. En effet, ceux-ci ont plus de valeur lors des cérémonies funéraires. Dans l’ordre de richesse, les moitié-albinos mâles sont les plus recherchés ! Parfois, pour rendre les bêtes plus belles, on leur peint les cornes avec une mixture à base de bétel, une plante donnant une couleur rouge.

Le bétel est une plante commune ici, et ailleurs en Asie. Elle est réputée avoir des vertus médicinales. Elle est également chiquée, mais attention aux maux de ventre après pour le non initié…! Et elle laisse quelques traces… :

Cette petite incursion en pays Toraja nous a également permis de faire de jolies balades dans les rizières bordant les villages, d’observer les buffles, tranquilles dans les champs… Lorsque le riz a été récolté, les buffles servent à labourer naturellement les parcelles. Ils mangent aussi les pousses restantes non récoltées qu’il faudrait enlever à la main sans leur intervention.

De bons moments passés ici, et dont le point culminant aura été notre présence à une cérémonie de funérailles… ! On vous en dit plus très vite…! Et on vous laisse avec quelques images d’une fête religieuse qui s’est déroulée fin octobre : une réunion des églises protestantes du coin.


3 commentaires

Coralie Martin-Chaix · 12 janvier 2018 à 19:10

Ils ont été aussi très impressionnés par les différents lieux où les cercueils sont entreposés… ainsi que la tradition pour les corps des bébés de moins de 2 mois. Ils ont également retenu les poupées à l’effigie des morts, j’ai eu droit à beaucoup de questions…. on a expliqué ce qu’était l’animisme (pas simple). Bref, merci encore….

Coralie Martin-Chaix · 11 janvier 2018 à 15:42

Je ne vous explique pas le choc des élèves en voyant l’excrément 😀 !!!! Je pense qu’ils ne sont jamais allés dans une prairie avec des vaches !

Myanmar : Premières impressions sur notre 5ème étape – Les Ker et la Boussole · 14 décembre 2017 à 16:16

[…] on voit les gens cracher leur bétel de tous côtés. Souvenez-vous, on avait parlé du bétel à Rantepao, Sulawesi (Indonésie). Là, c’est bien pire ! Ils sont très nombreux à avoir leur chique […]

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